Photo: Sarah-Jäde Champagne

Historiquement, le tennis est un sport où les joueurs se lancent très tôt dans le monde professionnel, souvent même avant d’avoir obtenu leur diplôme de fin d’études secondaires. Par rapport à d’autres sports en Amérique du Nord, il est beaucoup moins courant pour les aspirants professionnels d’aller à l’université avant de poursuivre leur carrière sur le circuit.

Cependant, les choses commencent à changer.

Ces dernières années, de plus en plus d’anciens athlètes de la NCAA font parler d’eux sur le circuit professionnel après avoir évolué dans une université pendant plusieurs années. Pensons notamment à Emma Navarro, neuvième au classement de la WTA, Danielle Collins, ancienne finaliste des Internationaux d’Australie, et Ben Shelton, double demi-finaliste en tournois du Grand Chelem.

La présence de la NCAA a été très marquée au sein d’Équipe Canada au début de février lors de la Coupe Davis, puisque quatre de ses cinq membres étaient d’anciens joueurs d’universités américaines.  

Gabriel Diallo et Liam Draxl ont tous deux joué pour l’université du Kentucky, tandis qu’Alexis Galarneau était membre de l’équipe de l’université d’État de Caroline du Nord. De plus, Cleeve Harper a été champion national avec l’université du Texas. Tous les quatre ont été nommés All-American à un moment ou à un autre de leur carrière universitaire.

Les quatre joueurs sont âgés de 25 ans ou moins, ce qui signifie que la NCAA aura probablement une forte influence sur Équipe Canada dans les années à venir.

Alors, pourquoi choisir la voie de la NCAA ?

Plusieurs raisons expliquent pourquoi les joueurs choisissent d’aller à l’université plutôt que de passer directement chez les professionnels à l’adolescence. Avant la rencontre de la Coupe Davis à Montréal, les quatre anciens de la NCAA ont parlé des raisons qui les ont poussés à jouer au tennis au niveau universitaire.

Galarneau et Harper ont cité la poursuite de leurs études comme l’une des principales raisons pour lesquelles ils ont choisi la NCAA plutôt que de passer immédiatement chez les pros.

« J’étais encore jeune, 17 ans, et je ne me sentais pas nécessairement prêt à évoluer sur le circuit professionnel, explique Galarneau. Je voulais aussi poursuivre mes études et j’ai pensé que c’était la meilleure option, car je pouvais obtenir une bourse d’études complète et continuer à jouer au tennis. C’était une bonne décision. »

« Je suis allé au Texas parce que je pensais que c’était une bonne occasion d’améliorer mon tennis et de faire des études. J’ai obtenu une maîtrise en finance. Je me suis donc dit que, si je ne parvenais pas à percer au tennis ou si des blessures mettaient fin à ma carrière, je pourrais toujours me trouver un bon emploi », mentionne Harper.

Pour Diallo et Draxl, c’est l’influence de leurs proches qui a guidé leur décision.

« Mon père me l’a suggéré, admet Draxl. Il savait que c’était une bonne voie, quelque chose qu’il a fait quand il jouait au tennis à l’université et qu’il a vraiment aimé. J’ai l’impression qu’il a toujours eu cette conscience parce qu’il l’a fait lui-même et qu’il savait que c’était une très bonne occasion. Je pense que ça ne fait que s’améliorer au fil des ans. Je dirais que cela a toujours été dans mon champ de vision, mais je n’ai jamais pensé à entrer directement chez les professionnels, à moins de réussir un gros exploit. Je n’ai jamais vraiment pris de décision, ma voie était déjà tracée. »

Diallo explique : « J’ai été conseillé par mes proches, mon entraîneur de l’époque, Fred Niemeyer, et le père de Félix [Auger-Aliassime]. Beaucoup de joueurs ont suivi cette voie, et il est évident que je n’étais pas prêt à faire la transition. L’entraîneur [Cedric] Kaufman [l’entraîneur principal des Kentucky Wildcats] m’a donné l’occasion de jouer pour lui et d’apprendre, et je n’ai jamais regretté ma décision. »

Pour les quatre, la décision a plutôt bien réussi.

Diallo fait désormais partie du Top 100 et a atteint sa première finale de l’ATP en 2024.

Draxl est le meilleur joueur de double canadien et a remporté 20 titres professionnels en simple et en double, dont neuf en 2024.

Galarneau a remporté son premier titre sur le Circuit Challenger de l’ATP en 2023 et a représenté le Canada à toutes les rencontres de la Coupe Davis depuis qu’il a été choisi pour la première fois en 2022.

Harper, qui a sans doute eu la meilleure carrière des quatre dans la NCAA — il a remporté le trophée du double de la Division 1 en 2022 —, a récemment commencé à évoluer plus souvent sur le circuit professionnel après avoir obtenu son diplôme l’été dernier. Depuis, il a conquis sept couronnes de double, dont quatre sur le Circuit Challenger, cinq de ces titres ayant été gagnés avec Draxl.

« Je pense que [jouer à la NCAA] aide beaucoup. En devenant pro, tu peux disputer plus de Futures, de tournois Challenger. Ce n’est pas une vie facile, confie Draxl. Tu peux soit te développer et apprendre sur le circuit ITF ou aller à l’école, poursuivre ton développement et obtenir un diplôme. Selon moi, ce processus aide vraiment à progresser d’une manière très amusante. »

« En arrivant à l’université, je n’étais pas la meilleure recrue et je n’étais pas vraiment le meilleur joueur non plus, admet Harper. J’ai donc pu m’entraîner avec des joueurs de très haut niveau. Nous étions l’une des meilleures équipes du pays, donc j’avais des tonnes de gars avec qui m’entraîner, jouer des matchs d’entraînement, et ensuite, être en mesure de disputer des matchs tous les week-ends du printemps m’a permis d’améliorer mon niveau et de tenter ma chance sur le circuit professionnel. »

« Cela m’a aidé à me responsabiliser un peu plus par rapport à mon tennis, à trouver des moyens de continuer à m’améliorer et aussi simplement à être un peu plus responsable et à mûrir, analyse Galarneau.

Diallo a donné une explication légèrement différente sur la façon dont il a bénéficié du tennis universitaire, en se concentrant davantage sur son développement personnel que sur son jeu, en disant : « équilibrer sa vie sociale, sa vie d’étudiant et le tennis. On passe beaucoup de temps sur le court, mais il faut aussi trouver le moyen d’en consacrer à nos études pour obtenir de bonnes notes. Je pense donc que cela m’a aidé à acquérir de la maturité. Vivre dans une maison avec mes coéquipiers, payer le loyer… il a fallu apprendre à gérer l’argent et plein d’autres choses. »  

Le travail d’équipe permet de réaliser des rêves

Le format du tennis universitaire est différent de celui du tennis professionnel. Bien que les joueurs participent à des tournois, une grande partie de la saison ressemble davantage à un sport d’équipe, les écoles s’affrontant les unes les autres pour tenter de se qualifier pour les championnats nationaux.

Lorsqu’on leur a demandé quel était l’aspect du tennis de la NCAA ils préféraient, les quatre joueurs ont répondu la même chose : faire partie d’une équipe.

« Les compétitions d’équipe sont de loin la meilleure partie, répond Harper sans hésiter. a J’adore essayer d’inscrire des points pour mon équipe en jouant avec mes meilleurs amis. »

« Le contexte d’équipe, représenter mon école avec fierté, mentionne Galarneau. Se battre aux côtés de ses coéquipiers, c’est génial. »

Photo: Sarah-Jäde Champagne

« Jouer pour une équipe, être si proche de ses coéquipiers et passer tant de temps avec eux sur la route, les voyages en autobus, et toutes ces choses amusantes, se souvient Draxl. On devient tellement proche, et il n’y a rien de mieux que de se battre à fond dans un but commun. C’est quelque chose de vraiment spécial et l’ambiance est assez bruyante et énergique et c’est quelque chose que j’apprécie vraiment. »

« L’ambiance d’équipe, c’est sûr. Le fait d’être avec mes coéquipiers. Certains d’entre eux sont devenus mes amis les plus proches, ajoute Diallo. Le fait d’aller à l’entraînement, de vivre ensemble les moments difficiles, les défaites difficiles, les victoires surréalistes, le grand parcours que nous avons eu en 2022. Il est difficile d’identifier un moment précis, mais chaque fois que je regarde en arrière, je souris. »

Diallo a abordé un point intéressant en parlant de l’aspect d’équipe de la NCAA : « C’est quelque chose que l’on ne retrouve pas souvent [chez les pros]… peut-être seulement à la Coupe Davis. »

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La Coupe Davis est probablement ce qui se rapproche le plus de l’ambiance de la NCAA que les joueurs peuvent trouver chez les professionnels, car c’est la compétition par équipe la plus importante pour les hommes. Et c’est là que les quatre anciens joueurs canadiens de la NCAA se sont retrouvés au début du mois de février.

« C’est évidemment très similaire, surtout avec trois autres gars qui ont joué au tennis universitaire, a déclaré Harper avant la rencontre entre le Canada et la Hongrie. Tu vas sur le terrain et tu t’entraînes avec eux, tu te bats sur le court à leurs côtés et tu te prépares pour le grand match du week-end. C’est la même chose qu’à l’université, tu t’entraînes quatre ou cinq fois par semaine, puis tu joues ces gros matchs le week-end. C’est un peu la même chose. »

Galarneau a fait le lien entre la NCAA et la Coupe Davis, en disant que la Coupe lui rappelle le tennis universitaire, « surtout quand on voit de plus en plus de gars de la NCAA qui se joignent à nous. Ils savent ce que c’est et ils sont bruyants sur le banc quand ils encouragent. On se sent vraiment comme à l’université, mais je dirais que c’est dans un cadre encore plus professionnel, ce qui est génial ».

En ce qui concerne les similitudes entre la Coupe Davis et la NCAA, Diallo explique que « les gens se soucient plus de l’équipe que d’eux-mêmes. L’altruisme est omniprésent. Il y a beaucoup de gens qui travaillent fort en arrière-scène — les physios, les entraîneurs, les cordeurs et tout le reste. L’ambiance d’équipe, les encouragements, les cris de joie et l’utilisation des joueurs pour créer une dynamique sont assez similaires. »

Draxl participait à sa deuxième rencontre de Coupe Davis et sa victoire en double contre les Hongrois était la première fois qu’il disputait un match de la Coupe Davis. Il a déclaré à propos de sa participation : « C’est quelque chose dont je veux vraiment faire partie chaque fois que je le peux. C’est super cool d’être ici. »

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